vendredi 29 mai 2020

Il est l'heure

Emmène moi vers la lumière 
Là où le ciel rejoint la mer
Quittons les eaux tourmentées 
De nos amours passées 
Laisse-moi enfin t’aimer
Donne-nous le goût de vivre
Ne refuse pas le bonheur 
Nous serons deux à revivre
Viens ! Il est l’heure...
Ne crains pas la nostalgie 
Elle nourrit notre histoire
Et cette flamme qui luit,
Vaillante, au cœur de nos vies
Tu sais, tu peux y croire !
Quand nous serons au creux du lit
Je mêlerai mes larmes à ton rire
Et les heures tendres de la nuit
A nos espoirs en devenir
Prends ma main mon amour
Accompagne-moi sur le chemin
Il sera temps de revenir 
Quand l’horizon sera atteint
Souris-moi, regarde-moi !
Il est temps de nous aimer
Nous avons toi et moi 
Des heures d’amour à combler
De précieuses attentes à nourrir
Et des rires au point du jour
Avant que ne vienne le matin...

Écrit à Beaucaire, le 29 mai 2020

TOUT QUITTER...

Tout quitter pour démarrer une nouvelle vie, recommencer en d'autres lieux en se donnant une chance de réaliser un très vieux rêve... C'est cela qui me taraude depuis quelques temps ! Ce besoin irrépressible de changement, d'horizons plus vastes, de paysages arides sur lesquels se brisent les incertitudes. Cette netteté de la roche et de la terre brute, cette ombre rare et précieuse d'arbres qui croissent vaillamment en terres hostiles, ces tâches de couleur qui exaltent le bleu pur d'un ciel inégalé... Je ressens l'absolue nécessité de retourner à ma terre, non pas celle de ma naissance mais celle que mon cœur a faite sienne.

Longtemps j'ai cru que je pourrais construire ma vie en dépit de mes racines, je me suis trompée. Le bonheur ce n'est pas se satisfaire de ce que l'on a en fermant la porte à ses rêves. Ce n'est pas non plus de rester auprès de ceux que l'on aime en attendant qu'ils comblent votre soif d'absolu. Parce que une seule chose au monde peut y répondre : fouler de mes pieds nus la terre qui a nourri mon âme.

Je dis depuis longtemps que je ne veux pas mourir ici, en France. Ce n'est pas une question d'amour de mon pays, celui-ci est indéniable, c'est simplement la certitude que je ne saurais jamais reposer en paix ailleurs que chez moi. Il y a le pays qui vous voit naître et vous donne votre nationalité, et celui qui construit votre identité. Parfois ce sont les mêmes, parfois ils diffèrent... C'est pourquoi je me suis sentie si longtemps étrangère dans mon propre pays lorsque j'y suis "rentrée", selon la formule consacrée. Pour être franche je n'ai pas eu le sentiment de rentrer mais celui de me perdre... Malgré le fait d'avoir rencontré le soir même de mon arrivée l'homme qui allait devenir le père de ma fille et le pivot de ma vie, j'ai mis près de cinq ans à m'acclimater et à me sentir enfin chez moi. Le climat, les gens, les contraintes d'une ville comme Paris, les mœurs si différents de ce que j'avais toujours connu, ont été extrêmement difficiles à accepter. Je me flatte pourtant de posséder une très grande faculté d'adaptation, et je me suis en effet rapidement adaptée à ma nouvelle vie, mais je n'étais pas heureuse. Je souffrais d'un manque impossible à combler qui ne m'a toujours pas lâchée ! Malgré les années écoulées j'ai la plupart du temps le sentiment de vivre avec un trou au cœur...

Ecrit à Beaucaire, le 27 avril 2020

mardi 24 juillet 2018

Noirs sont les cœurs...

Noirs sont les cœurs
Qui se ferment à autrui
Noires leurs erreurs
Révélées aujourd'hui
Noires leurs pensées
Sans attraits et sans vie
Vieilles photos pâlies
Tournées vers le passé
Noires sont les larmes
Versées par les ennemis
Comme le sang noirci
Des amours salies
Noires sont leurs chants
Oraisons tristes infinies
Aux accents funèbres
Sans espoir sans envie
Noirs sont les âmes
Qui hantent nos vies
Sans saveur et sans charme
Délitées, tôt vieillies
Absorbées par l'ennui
Recrachées et trahies
Noires seront désormais
Ceux qui piétinent le temps
Abandonnés à jamais
Dans les limbes et le néant...

Ecrit à Beaucaire,
le 24 juillet 2018

lundi 16 juillet 2018

Histoire de Veste

Et hop ! J’enfile ma nouvelle veste et je m’admire dans le grand miroir de leurs yeux. Elle me va si bien, j’en suis tout étourdi ! J’avoue qu’elle me serre un peu aux entournure, après tout je n’avais pas prévu de la mettre si vite et sa coupe est un peu étroite,  j’imagine qu’ils l’ont cousue dans la hâte, pour me complaire. Mais ne serait-ce pas plutôt à moi de leur plaire ? Car après tout ce nouveau style me convient, je suis à l’aise et n’en ressens aucune gêne. Pour me tenir en pleine lumière elle me semble être le vêtement idéal, je me sens valorisé et pour un peu je m’applaudirais ! Me vient une réflexion... Pourquoi ai-je donc été si long à m’en saisir ? Elle n’offre que des avantages à ma nouvelle mesure, des poches partout pour y glisser les menus présents qu’ils ne manqueront pas de me faire, un tissu qui fait illusion et dont la couleur est en parfaite adéquation avec mon teint. Alors pourquoi me direz-vous ai-je tant tardé à l’accepter ? C’est que voyez-vous il n’est pas donné à tout un chacun de savoir quitter son gilet pour enfiler la veste qui vous est offerte. Est-ce la retourner ? Peut-être... 

Ecrit à Beaucaire,
le 15 juillet 2018

mercredi 30 mai 2018

Histoire de Tête

Elle avait cette évidente faiblesse de tenir à sa tête. Non pas qu’elle fût exceptionnelle d’un point de vue esthétique, non cela n’avait en réalité aucune importance. C’était son contenu qu’elle protégeait autant que faire se peut. L’incroyable complexité des connexions neurologiques lui apparaissait comme la cartographie de tous ses possibles, et sa mémoire comme autant de minuscules tiroirs dans lesquelles elle rangeait tout ce qui lui serait utile selon un classement qui n’appartenait qu’à elle. C’était fort simple, et en même temps très compliqué, une chatte n’y aurait pas forcément retrouvé ses petits mais peu lui importait du moment que ces myriades d’informations attendaient sagement qu’elles les remonte à la surface pour les utiliser.

Alors bien sûr certains pouvaient penser qu’il y avait quelque chose de machiavélique à tant vouloir préserver ce savoir acquis au prix d’un minutieux travail de recherche. Et elle convenait volontiers que tout cela n’avait rien d’innocent, car en vérité l’innocence n’avait pas sa place dans les luttes qu’elle menait, et la naïveté encore moins. Si vous couchez avec le diable, avait-elle coutume de dire, vous vous embrasez et vous finissez par vous consumer ! La seule protection à l’épreuve des forces obscures était cette manie de l’étiquetage qui lui permettait de prélever les informations collectées pour les mettre de côté, se préservant ainsi de leur influence pernicieuse. La perversité qu’il y avait à plonger dans ce monde nauséabond aurait pu l’atteindre, mais il n’en était rien. Elle éprouvait la curieuse sensation de se dépouiller de toute haine au fur et à mesure qu’elle engrangeait les émotions les plus violentes, les plus destructrices, les plus improbables... Non pas qu’elle devienne une sorte de sainte, pas du tout. Mais elle atteignait une forme de stoïcisme qui ne laissait pas de l’étonner et qui la protégeait des vicissitudes que ses semblables ne se privaient pas de lui faire supporter. 

La dure réalité du quotidien nourrissait son combat, la confortait dans ses luttes, la portait vers l’avenir qu’elle contribuait à construire. Elle s’accrochait à ses valeurs comme une arapède à son rocher, consciente d’évoluer comme une équilibriste sur une corde invisible et très instable qui mettait en danger sa sérénité à chacun de ses pas. Avoir senti passer si près de ses cervicales le souffle acéré de la guillotine l’amenait à vérifier régulièrement que sa tête, sa très chère tête sans laquelle elle ne serait rien de plus qu’un ectoplasme sans consistance, était toujours là, vissée sur la colonne fragile de son cou. Et elle se ravissait de sa capacité de résistance aux attaques pernicieuses de ceux qui se moquaient d’en protéger le contenu, elle avait encore tant et tant de combats à mener, tant d’informations à engranger, tant de victoires possibles ! En vérité elle savait qu’elle la perdrait un jour cette pauvre tête qui s’altérait avec le temps, mais ce serait uniquement quand elle l’aurait décidé. Son cœur un jour lui donnerait le signal du retrait, et elle espérait de toutes ses forces que, peut-être, il ne le ferait jamais. Alors ce jour seulement elle intimerait à sa tête de se mettre au repos pour les années qui lui resteraient. Elle viderait un à un tous ses petits tiroirs pour en transmettre le contenu à qui marcherait dans ses pas, et elle lâcherait prise. Sans doute pour l’éternité.

Ecrit à Beaucaire,
le 30 mai 2018

mercredi 18 avril 2018

Nostalgie

Elle savait qu’elle survenait toujours sans prévenir, sans signes avant coureurs, presque avec brutalité. Une vague immense venue du tréfonds de sa mémoire qui la plongeait dans un autre monde, dans ce passé dont l’absence se faisait parfois si douloureuse, qui la liquéfiait de tristesse et de douceur mêlées. Sa mémoire lui restituait intactes les voix, les rires, les petits riens qui avaient construit ses certitudes, tous ces moments qui s’étaient infiltrés dans son cœurs et s’y étaient imprimés pour la vie.  Tous ces instants de grâce pendant lesquelles elle avait su qu’elle touchait le bonheur revenaient la hanter à l’improviste. Tous ces choix qu’elle avait fait sans parfois même y penser, toutes ces portes ouvertes et refermées avec l’absolue insolence de ceux qui croient pouvoir tromper la vie. Tous ces souvenirs qui remontaient et lui brisaient le cœur, qui  s’y attardaient comme autant de pointes aiguisées, ne laissant derrière eux que le poids intolérable de ses erreurs... 

Combien de souvenirs de cette sorte engrange-t-on dans une vie ? Combien de moments clés que nous savons indélébiles alors même que nous les vivons ? Combien que nous balaierons d’un revers de la main pour aller vers un autre, éphémère, qui perdra vite de sa saveur ? Combien que nous regretterons sitôt perdus, jamais effacés... La petite musique du souvenir était là, enfouie au plus profond de sa mémoire, elle resurgissait tout à coup et les sensations lui revenaient, intactes. Inévitablement elle s’en voulait, se remémorait ces périodes de sa vie en se jurant que plus jamais elle ne les enfouirait jusqu’à les oublier. Mais elle savait qu’elle recommencerait, elle était ainsi faite qu’il lui était facile de broder d’autres vies sur l’infatigable métier de son imaginaire, ces vies auxquelles elle avait tourné le dos avec l’inconscience de ceux qui ne vivront jamais assez.

Au fil du temps elle s’était rodée aux attaques sournoises de la nostalgie, elle ne s’en prémunissait plus, bien au contraire elle l’accueillait les deux pieds ancrés dans sa vie et puisait jusque dans la douleur les forces qui lui permettaient de continuer. C’était tout ce qui lui importait, survivre aux sirènes du passé, affronter le passage du temps pour garder cette vision claire de l’avenir qui lui était nécessaire. 

Ecrit à Beaucaire,
le 18 avril 2018

samedi 14 avril 2018

La Proie

Il est là, sous la pluie
Immobile
Seul
Son œil noir la fixe
Sagace
Brillant
Il la guette, sans bouger
Patient
Déterminé
Elle détourne le regard
Apeurée
Tremblante
Elle veut vivre
Résister
Combattre
Elle est sans forces
Chétive
Affaiblie
Elle est perdue
Il le sait.

Ecrit à Beaucaire
le 14 avril 2018