mercredi 6 octobre 2021
Quatrain de Nuit
Un peu d'amour dans sa couche
C'est cela ou bien s'ouvrir
A tout ce qui ouvre la bouche
Ecrit à Paris, le 6 septembre 2009
vendredi 9 avril 2021
Sale Temps pour les Mouches
Sale temps pour les mouches
Ça crève à l’envie
Ça frissonne et ça pleure
Ça pue aussi
Pauvre humanité perdue
Esprits à la dérive
Libertés en péril
Le ciel s’ouvre sur nos têtes
Les orages se succèdent
La Terre hurle de douleur
Et la foudre s’abat sur nos vies
Sale temps pour les mouches
Aucune arche ne nous sauvera
Aucun retour n’est possible
Les tornades nous ravagent
Les guerres éclatent
Et le temps passe trop vite
Efface nos vies fragiles
Lamine notre passé
Les rageux nient l’Histoire
La refondent en mauvais roman
Notre futur s’assombrit
Sale temps pour les mouches
C’est la vie même qui pue...
Ecrit à Beaucaire, le 09 avril 2021
jeudi 12 novembre 2020
LIVRE LIBRE
"Oh ! Maman regarde !" C'est elle qui m'a repéré en premier, la petite fille si mignonne qui s'ennuyait à suivre ses parents dans cette brocante. Elle a tiré sa mère jusqu'à moi et toutes deux se sont penchées sur ma couverture avec émerveillement. La maman m'a pris délicatement dans ses mains, en veillant à ne pas m'abîmer, elle a tourné mes pages très lentement, presque révérencieusement... "Un livre !" a dit alors le père en les rejoignant "Cà alors ! Je n'en ai pas vu depuis que j'étais gamin." Il m'a examiné à son tour, avec des yeux brillants de joie et d'émotion, je vous jure que j'ai vu une larme perler au bord de ses cils... Et comme je le comprenais ! Si j'avais pu pleurer moi aussi, j'aurais délavé tous les mots, toutes les phrases de ce petit recueil de poésie à dire vrai assez quelconque. J'avais conscience d'avoir acquis une valeur inusitée au fil du temps, nous étions si peu à avoir survécu à ce que nous nommions entre nous "la grande flambée" depuis ce jour funeste où le gouvernement avait décrété que nous étions des nids à microbe et que nous propagions dangereusement la pandémie. Morts de peur, les paisibles citoyens s'étaient transformés en furies, nous jetant par la fenêtre de leurs maisons, nous arrachant des étagères des librairies et des bibliothèques, nous rassemblant ensuite pour nous jeter sans autre forme de procès dans des feux immenses ! Ils brûlèrent pendant plusieurs semaines ces feux, et j'y ai perdu tant de frères et soeurs que mon pauvre coeur s'est brisé, irrémédiablement...
Je ne sais plus trop comment j'ai survécu. Sans doute ai-je été sauvé des flammes par un amoureux des livres, un irréductible qui ne supportait pas que l'on nous sacrifie sur l'autel des mesures sanitaires. Aujourd'hui je suis dans cette brocante, un peu caché tout de même parce que la brave dame qui a loué cet emplacement craint d'avoir une amende si je suis dénoncé. Elle m'a gentiment nettoyé de la poussière accumulée au fil de mes pérégrinations, m'a rafistolé autant qu'elle le pouvait, et m'a proposé de m'offrir une nouvelle vie. J'ai dit oui, bien sûr ! Et peut-être que la gentille famille qui se penche sur moi en ce moment me prendra chez elle, m'installera dans une belle bibliothèque avec d'autres rescapés, et nous gardera tous... Je sens déjà mes pages frémir entre leurs mains, je ressens leurs émotions et leur plaisir, je revis !
Vous pensez que j'ai tort d'espérer ? Mais je suis un livre, un recueil de poésie qui justement chante l'espoir et l'amour tout au long de sa cinquantaine de pages. Je suis petit, c'est vrai, je n'ai pas l'arrogante assurance d'une anthologie, mais je ne me laisserai pas déloger à nouveau sans réagir. La première fois ils m'ont eu par surprise, aujourd'hui je suis prêt ! Venez, je vous attends. Vous n'avez plus le droit de me brûler, je suis devenu un objet rare, un objet de valeur, et quoi que vous me fassiez, les mots et les phrases inscrits dans mes pages demeureront. Certains les ont appris par cœur, il les feront revivre, ils les déclameront, ils les chanteront, ils leur offriront la gloire. Moi je ne suis qu'un porteur, les mots sont le message. Et les autres, tous les autres qui ne lisent pas, qui ne nous aiment pas, je leur demande juste de me laisser vivre. Aujourd'hui j'ai gagné mon combat, je suis un livre libre.
Ecrit à Beaucaire,
le 12 novembre 2020
mercredi 30 septembre 2020
Recette du Connard à l'Etouffée
Ajouter une pincée d’arrogance
Et un zeste de vantardise
Se méfier de son ego
Et de ses coups de colère
Avec un peu de chance
Et beaucoup de gourmandise
Le servir en apéro
Pour étouffer ses cris
Bien serrer le bâillon
Et surtout sans faiblir
Faire taire ce bâtard
Et s’il tourne de l’œil tant pis
Le réduire à l’impuissance
Lier ses chevilles et ses poignets
Le parsemer d’herbes aromatiques
Le truffer avec soin d’ail et d’échalotes
Saler et poivrer à votre convenance
Cuire à l’étouffée à feu très doux
Pour attendrir la viande
Servir chaud dans le plat de cuisson
Accompagné d’un vin rouge corsé
Déguster lentement les parties charnues
Prendre un vomitif si la nausée survient
Servir les restes aux chiens.
Ecrit à Beaucaire le 29 septembre 2020
vendredi 17 juillet 2020
LES ENFANTS DE BOOSTER
Les cris et les rires des enfants
Crèvent le silence du matin
La vie entre par effraction
Balaie la tristesse des habitudes
Creuse son trou de joies simples
Dans nos vies déchirées par l’absence
Rayons de jouissance absolue
Bouquets de sensations éculées
Mais toujours vivaces et fortes
Les petites âmes nourries de plaisir
Viennent nicher au creux de nos vies
Avec la simplicité des cœurs purs
Et l’amour de ceux qui n’ont pas vécu
Plonger dans la vitalité de l’enfance
Qui porte nos espoirs déçus
Et la force de nos rêves invaincus
C’est renaître à la vie par la grâce de leurs rires
Écrit à Beaucaire le 17 juillet 2020
vendredi 29 mai 2020
Il est l'heure
TOUT QUITTER...
Ecrit à Beaucaire, le 27 avril 2020
