samedi 3 septembre 2016

LES SOIRS D’ÉTÉ

J'aime ces soirées de fin d'été qui refusent de se clore, ces longues discussions qui sautent du coq à l'âne au gré des envies, et cette douce torpeur qui nous étreint et nous rassemble...  Dans la langueur des nuits d’été les sons s’étirent à l’infini, les odeurs s’exaltent et les gestes se calent sur les attentes de l’autre. Il n’est rien de plus doux à mon cœur que le plaisir de partager ces heures rares avec mes amis, d’ajouter une chaise, puis deux, puis trois pour agrandir le cercle. Sur les tables s’entassent les verres, les tasses à café, les paquets de cigarettes, les briquets, les lunettes de soleil, les portables ! La vie est là, présente mais discrète, comme un rappel à la réalité mise entre parenthèses. Les rires s’égrènent, les bons mots fusent, la nostalgie s’installe sans prévenir au détour d’un récit... De l’humanité de l’autre on prend conscience sans à coups, naturellement, elle s’installe et grignote les certitudes en ouvrant de nouvelles perspectives. Les enfants jouent, ils crient et se poursuivent, toujours à portée d’œil et de voix, rebelles et confiants, avec cette insouciance propre à la jeunesse dont on vole volontiers une part ici et là pour se garder de vieillir. Le plaisir d’être ensemble vaut tous les bonheurs, les âmes se cernent avant de s’épanouir dans une amitié solide, construite sur de petits riens qui n’ont pas de prix. Il est difficile de se quitter, si la raison n’imposait pas de nous séparer nous serions encore attablés aux petites heures du matin, bâillant un peu, parlant beaucoup, baissant la voix avec le jour qui revient... Chacun s’en retourne à sa réalité, emportant ces heures précieuses qui revivront en d’autres nuits. L’été, parfois, n’a pas de fin...

Ecrit à Beaucaire,
le 03 septembre 2016

mardi 7 juillet 2015

Dernier Bain


Tu cours après ta vie
Et tu te prends des claques
Tu t'éclates à l'envie
Et puis après tu craques
Tu voles pour t'en sortir
Tu mens et tu t'fais mal
Pas facile de sourire
Quand tu chopes pas la balle
Tu voudrais bien bosser
Et t'es pas une feignasse
On veut rien t'proposer
C'est ton look de pétasse
On te r'garde de travers
Dans c'putain de Pôle Emploi
Mais tu peux rien y faire
T'es pas gaulée pour çà
Toi tu veux juste un job
Pas une leçon de morale
Avec leurs têtes de zob
Ils d'vraient pas la ramener
C'est sûr c'est pas normal
De vouloir travailler
Ils t'ont jugée classée
Étiquetée pas sortable
Tu foutrais bien le bordel
Mais t'es pas courageuse
T'as peur et t'es pas belle
T'es juste malheureuse
Et puis merde tu t'en tapes
Tu préfères te barrer
T'attendras pas qu'on t'frappe
Tu t'laisseras pas broyer
Toi tu fais peine à voir
T'oses plus sortir le soir
Tu sais plus c'que tu veux
Tu sais plus qui tu es
Ya pas un de tes ch'veux
Qui soit pas coloré
Pas un pouce de ta chair
Qui n'soit brutalisé
Personne t'a jamais dit
Que l'amour çà fait mal
Que la vie çà se perd
A vivre dans des taudis
Qu'tout çà c'est pas normal
Alors cette fois c'est sûr
Tu  vas lâcher la barre
Tu sais qu'ton âme est pure
Mais cette fois t'en a marre
T'écoute  ton cœur fragile
Qui pleurniche en silence
Sur ses envies débiles
D'amour et d'existence
Là-bas dans le trou noir
Au moins t'auras la paix
Personne pour t'laisser choir
Et personne à aimer
L'extase de l'impossible
Est à portée d'ta main
Et toi t'es disponible
Pour prendre un dernier bain...

Ecrit à Beaucaire
le 07 juillet 2015

vendredi 13 février 2015

LES ENVIEUX

Marcher en courbant l'échine pour lutter contre le vent et s'emmitoufler frileusement pour faire barrage au froid de l'hiver sont des réflexes humains naturels. Plier devant l'arrogante bêtise de certains êtres dont la principale occupation est de pourrir la vie des autres ne l'est pas. Je me fais la réflexion qu'après tout ces personnes n'ont aucune raison de s'arrêter si aucune barrière ne stoppe leur inexorable progression dans l'apprentissage du mal.

Oui c'est un apprentissage. Il n'a rien d'anodin et le tourner en dérision ne sert qu'à alimenter les plus bas instincts de ceux qui s'y engagent sciemment parce que leur vie ne ressemble à rien et ne leur apporte aucune joie. Ils envient la vôtre, vous n'avez pas besoin d'eux pour exister et cela leur est insupportable. Tous les envieux ont un point en commun : leur lâcheté. Ils ne vous affronteront pas en face, non ils se cachent derrière tous les moyens de communication à leur portée. Ils ont pour la plupart la langue bien pendue et s'empressent de s'épancher à votre sujet auprès de toute oreille attentive et friande de potins véreux, et bien évidemment ils sévissent sur les réseaux sociaux sous le formidable et tellement pratique pseudo "anonyme" pour faire passer leur message. Quelques-uns vont jusqu'à s'inventer un double du sexe opposé au leur, persuadés que vous n'y verrez que du feu ! Oublieux du fait qu'une écriture et un style se reconnaissent aisément quoiqu'ils fassent pour en changer, probablement parcequ'ils n'ont pas dans ce domaine le talent nécessaire pour devenir quelqu'un d'autre. Le mail reste cependant l'échange préféré des plus orgueilleux d'entre eux, ceux qui s'imaginent pouvoir écrire comme bon leur semble sans avoir à en subir les conséquences, protégés par les barbelés de leur mauvaise foi. 

L'envieux commence par quelques réflexions ici ou là, un peu blessantes mais finalement acceptables, que vous ne relevez pas. Puis il passe à des commentaires plus agressifs qui ont le don de vous énerver mais auxquels vous ne répondez que pour la forme et en prenant garde de ne pas envenimer vos échanges. Vous demeurez poli, voire même aimable, et vous vous essayez à quelques traits d'humour pour détendre l'atmosphère. En vain... Viens le moment qu'il préfère, celui où il minimise ce que vous représentez, s'essayant à vous blesser en vous déniant le moindre talent. Ce talent que finalement il jalouse parce que lui n'en a pas ! L'envieux passe un cap en tentant de vous marginaliser, vous refusant toute légitimité à vous exprimer ! Vous n'êtes pas "d'ici" sa logique tordue vous refuse donc tout droit à vous ériger en membre de la micro-société qu'il entend protéger de vos égarements. Il enfonce le clou en vous insultant copieusement et en mettant en doute votre santé mentale, bien sûr puisque vous ne pensez pas comme lui vous êtes forcément "cinglé" et devez d'urgence consulter un "psy". Il va de soi que cela ne vous atteint pas, vous savez parfaitement que contrairement à cet être pitoyable vous avez toute votre tête et savez raison garder.

Là où le bât blesse c'est lorsque l'envieux s'attaque à ce que vous avez de plus précieux, votre famille. Vous aviez déjà du mal à digérer les insultes dont il abreuve vos amis, mais vous avez bien entendu pris leur défense et c'est à eux que revient d'y mettre un terme. Il y a une règle cependant avec laquelle vous ne transigez pas : personne au monde n'a le droit de s'en prendre à votre famille. Cela équivaut purement et simplement à vous déclarer la guerre. Si la perspective de livrer bataille pour tout le reste pouvait vous stimuler il va sans dire que remporter cette guerre en écrasant l'ennemi comme le vulgaire et pitoyable insecte qu'il est vous donne de suite une pêche d'enfer ! Ce que l'envieux ne sait pas c'est que vous ne vous arrêterez que lorsqu'il sera totalement hors d'état de nuire et que vous brûlerez tout le mal qu'il représente jusqu'à ne laisser dans sa misérable vie que cendres et larmes avec une dangereuse détermination.

Finalement vous le remerciez de vous donner ainsi le bâton pour le battre, son incommensurable orgueil et son imbécillité récurrente vous fournissent tous les outils dont vous aviez besoin pour l'éliminer de votre vie. En lui offrant en prime la joie d'emporter dans l'abîme de sa méchanceté quelques cafards peu reluisants qui lui collent aux basques pour se sentir exister. Pendant que vous reprendrez sans sourciller le cours d'une vie agréable avec le doux sentiment de sérénité que donne la satisfaction d'avoir veillé au bien-être de ceux que vous aimez.


Reconnaissez tout de même que la vie serait bien plus belle sans la détestable ingérence que se permettent certains êtres peu recommandables dans votre vie ! Mener à bien vos projets, œuvrer pour la communauté, chérir vos proches et donner à votre talent l'opportunité de s'épanouir, cela suffit à illuminer votre vie. La bêtise, l'ignorance, l'envie et le mal n'y ont pas leur place.

Ecrit à Beaucaire
le 21.12.2014

samedi 11 octobre 2014

BEN OUI J'AI UNE VIE !

Bon les gens ! Une petite mise au point semble s'imposer. J'ai patienté, mais comme vous ne savez pas vous arrêter je n'ai plus le choix. Et puis d'une certaine manière vous m'amusez, vous répondre m'enchante et la subtilité de ce qui nous relie me donne de l'énergie. Pour reprendre une phrase qui paraît vous plaire vous donnez un sens à ma vie. Du moins vous en êtes persuadés. Qui suis-je pour vous ôter vos illusions ? Elles vont si bien avec vos oeillères que je m'en voudrais de bouleverser l'ordre bien établi de votre triste vie.

Alors je vous l'affirme, contrairement à ce qu'affirme la rumeur j'ai une vie. Sociale et même professionnelle ! Oui, oui... Je passe plus de temps à écrire que la plupart des gens à bosser "normalement" et en plus je le fais bénévolement ! L'argent ne m'intéresse pas, ce n'est qu'une contrainte de plus dont je ne veux pas. Un soutien pour ma pomme (mon petit moi intérieur) qui se sent tellement mieux quand les mots sortent en vrac et s'ordonnent pour faire des phrases et donner naissance à des textes. Un vrai boulot donc ! Prenant, parfois épuisant, les neurones quand vous les sollicitez finissent par vous scier les jambes ! Ne me demandez pas quelle est la relation de cause à effet, le résultat est là et tous ceux qui créent vous le diront. Pardon ! J'oubliais que vous vous ne créez pas, au mieux vous emprisonnez les autres dans un carcan au pire vous les détruisez.

J'allais oublier ! Non, je ne suis pas grosse. Je suis comme le disait une de mes très chères amies "délicatement enrobée". Et je n'ai pas l'intention de changer. Je m'aime comme je suis et je vous demande pas de m'aimer, cela m'indiffère. Alors bien sûr je pourrais faire du sport, aller me crever en courant tout autour du canal ou sur les berges du Rhône, mais bof ! Je préfère de loin me poser tranquillement à une terrasse de café et regarder vivre Beaucaire. C'est instructif, relaxant et occasionne quasiment chaque jour de belles rencontres ! Cela nourrit mon imaginaire, précise mes idées et mes projets, au final je finis par tout recracher dans des textes que pour la plupart vous ne lirez jamais. Mais peu importe ! J'aime rêver ma vie, j'aime l'ensoleiller et la dynamiser à ma manière, avec de petites joies qui font de temps à autre de vrais bonheurs. Le sel de ma vie c'est l'amour. Celui que je voue à ma famille, celui qui m'emporte dans le tourbillon de l'amitié, celui de la liberté qui m'entraîne dans une lutte sans merci contre ceux qui justement voudraient y mettre un terme. Je ne vous nomme pas les gens, mais je pense que vous vous reconnaîtrez ? Les bien pensants, les étriqués, les fachos de bazar et tous les autres... Ce que je fais vous déplaît, moi cela m'amuse de vous déplaire.

Je m'estime chanceuse de vivre maintenant une vie plus riche et plus belle que je ne l'aurais jamais imaginée. Oh bien sûr il me faut y apporter sporadiquement quelques améliorations, mais ce cela ne pèse guère au regard de ce sentiment d'épanouissement qui m'étreint quand je sais que j'ai atteint le but recherché. Que mes mots sont le fidèle reflet de ma pensée, quand je sais que je me suis connectée avec l'insaisissable... Mon bonheur c'est de créer, et c'est exactement ce que je fais jour après jour, nuit après nuit. Que ce soit en écrivant, en captant des instants de vie, en donnant forme à des projets, je crée. Cela c'est une chose que rien ni personne ne pourra jamais m'enlever. Une joie intense qui m'emmène très loin, dans un monde parallèle que je relie à la réalité d'un seul mot. Une réalité que vous gangrénez par votre seule présence et vos mines compassées. Mais même à cela je peux survivre. En fait survivre est un art dont vous ne savez rien et que je pourrais vous enseigner avec brio, si cela vous intéresse faites-moi signe !

Que pourrais-je demander de plus à la vie ? Vivre de ma plume serait certes un grand bonheur, mais ne pas en vivre n'est pas non plus la fin du monde. Mon appareil photo dans une main, mon ordinateur à portée de l'autre, mes soleils, mes amis, mon chat... La vie est belle, elle se fait douce sous le ciel bleu du Gard et ma foi je ne vois pas pourquoi je changerais quoique ce soit ! Tant pis pour les autres ! Vous les gens, vous que cela amuse, ennuie, énerve ou carrément indispose de me voir vivre ainsi. J'ai choisi de vivre libre, de rêver ma vie, de m'affranchir d'un maximum de contraintes et de me faire plaisir autant que possible. J'ai la ferme intention de continuer dans cette voie et pour être tout à fait franche les envieux, les râleurs, les moralisateurs et les donneurs de leçon dans votre genre... Je les emmerde. Avec le sourire bien sûr ! Parce que par-dessus tout j'aime la vie, j'aime ma vie ! Merci à vous les gens de contribuer à ensoleiller mes journées.

Ecrit à Beaucaire
le 11.10.2014

dimanche 31 août 2014

UN MONDE IDÉAL : DU RÊVE A LA RÉALITÉ

Il en est des non-dits comme de ces plantes qui s'efforcent de croître dans l'ombre. Elles évoluent, se glissent subrepticement dans les failles, grignotent les lieux investis en étouffant leurs congénères assoiffées de lumière, s'étalent insidieusement jusqu'à recouvrir le moindre espace de liberté.

C'est exactement ce qui se passe autour de vous. Sournoisement, en prenant soin de ne pas faire de vagues pour n'affoler personne, un parti politique à l'idéologie nauséabonde s'est installé dans votre ville. Il se savait attendu comme un sauveur par des habitants dont le racisme primaire et inconditionnel guide les choix, impatients de lui fournir la matraque dont il aurait besoin pour chasser les indésirables. Il s'est donc consacré à séduire les autres, les inquiets, les peureux. Prenant son temps pour les approcher, leur faisant une cour assidue mais discrète, les noyant dans des promesses de vie future idyllique, ils les ont conquis à force de patience et de ténacité. Pour finalement emporter le bastion, la mariée et toute la famille avec ! Sauf vous.

Un matin vous vous réveillez avec le drôle de sentiment de plus pouvoir respirer et à partir de là vous ne vivez plus, vous survivez. Péniblement, douloureusement. Vous vous accrochez à l'espoir ténu que cela ne saurait durer tout en sachant pertinemment qu'hélas vous devrez supporter cela pendant les six années à venir. Au minimum. L'être humain étant ce qu'il est on ne peut espérer de lui qu'il se ressaisisse et fasse le constat de ses erreurs plus rapidement qu'il n'en est capable. Pour cela il lui faudra subir, chercher à comprendre le pourquoi du comment, assimiler les leçons et envisager les conséquences. Ce qui forcément prendra beaucoup de temps. Et pendant ce temps-là vous vivez dans un monde nouveau, tout d'ordre et de rigueur, un monde dans lequel la moindre de vos activités est soumise à conditions, examinée, dépecée, pour finalement vous être interdite sous de fallacieux prétextes dispensés avec componction. Car il vous faut rentrer dans le droit chemin. Vous ne pouvez plus vous égarer sur des sentes mal tracées au gré de vos envies de découverte, cela risquerait de vous éclairer sur la vraie vie, l'autre, celle du reste du monde. La liste des interdits s'allonge au fil des jours jusqu'à envahir vos songes pour en faire d'irrémédiables cauchemars. 

La musique ? Oui bien sûr, mais pas n'importe laquelle ! Vous ne sauriez demeurer convenable en écoutant des artistes engagés, du raï, du rap, du R’n’B, de la techno, de l'électro, du funk, de la house, du hard-rock, du metal... Il vous reste le choix entre la musique classique, cette bonne vieille variété française qu'on chantonne de tous temps dans nos chaumières, et peut-être un peu de variété étrangère ou même de jazz, mais pour ce dernier pas tout hein ? C'est tout de même une musique de nègros ! Très vite vous comprenez que seules sont autorisées les valeurs sûres, rien de novateur. Mais cela ne vous plaît pas. Tant pis ! Vous n'écouterez plus de musique.

Alors vous vous tournez vers la lecture, après tout il y a tellement de livres que vous trouverez votre bonheur, du moins le croyez-vous. Mais les rayons des librairies n'offrent que des œuvres de Céline, de Drieu la Rochelle, de Maurras, de Brasillach, de Paulhan, de Claudel... Fort heureusement vous lisez couramment plusieurs langues et vous fouillez dans les auteurs italiens, mais là vous ne voyez que les livres de Marinetti, d'Annunzio, de Foscolo... Les espagnols ? On vous propose avec entrain les écrits de Garcia Serrano ! Les allemands ? Oui bien entendu, il y a Heidegger, Grimm, Günter ou Rosenberg... Et la cerise sur le gâteau : Hitler himself. Les libraires argueront que ce sont tous de grands écrivains dont on ne peut nier le talent, mais vous ne vous sentez pas prêts à avaler toute cette mixture indigeste et vous refusez même de chercher parmi les autres auteurs européens. Tant pis ! Vous ne lirez plus.

Que faire de votre temps libre ? Les expositions culturelles sont encadrées et limitées à des artistes autorisés et peu exaltants, bien évidemment les grapheurs sont pourchassés, le Street Art interdit et puni d'une lourde amende voire d'un emprisonnement ! Les concerts spontanés, les bœufs entre amis musiciens, les lectures de textes inédits voire même les regroupement amicaux sont vite dispersés. Le sport, pratique saine visant à nettoyer votre mental en épuisant votre corps est vivement encouragé. Des manifestations sont organisées chaque fin de semaine, la compétition est le fruit d'entraînements journaliers et seuls les esprits forts tiennent la distance. Les autres, ceux qui ne sont pas doués pour les performances sportives, on les regarde de travers et on s'interroge sur leurs tares cachées. Très vite vous vous sentez mal dans votre peau et perdez votre belle assurance, d'autant que seules des tenues vestimentaires correctes sont autorisées et qu'elles ne mettent pas forcément en valeur votre physique si particulier. Et puis il y a les couleurs. Cette palette de marron, de beige, de kaki ne flatte pas votre teint. Tant pis ! Vous ne sortirez plus.

Peut-être que vous pourriez vous contenter de perdre une heure ou deux dans l'un des nombreux restaurants de votre ville ? Avec un regain d'allant vous vous empressez d'en faire le tour pour en étudier les cartes, et là vous n'en croyez pas vos yeux ! Vous voilà limité à la gastronomie française dans ce qu'elle a de plus basique, à la roborative cuisine allemande qui alourdira dangereusement vos formes, à quelques classiques européens... La savoureuse cuisine orientale est bannie de la ville, plus de couscous, de tajines, de kebabs, de délicieuses pâtisseries... Cela vous désole mais vous vous consolez néanmoins, après tout vous pouvez toujours cuisiner les plats que vous aimez, les recettes sont gravées dans votre mémoire ou bien cachées chez vous au fond d'un placard. Mais très vite vous déchantez. Les épices sont interdites, les légumes et fruits exotiques ne sont plus sur les étals des marchés, vous ne trouvez pas de semoule et les petites épiceries pleines de surprises et de produits rares que vous fréquentiez sont fermées. Tant pis ! Vous ne mangerez plus.

Le programme des divertissements est affiché en mairie, placardé le long du canal et sur les vitrines des commerces, vous le connaissez par cœur et il vous donne la nausée. Après quelques sursauts d'indignation vous vous rendez compte que peu à peu vos amis vous tournent le dos, que votre famille ne vous soutient plus, que vos collègues de travail vous ignorent... Incapable de continuer seul votre combat vous vous résignez à rentrer plus ou moins dans le rang, mais c'est trop tard. Aux terrasses des cafés les nantis de la municipalité réquisitionnent les meilleures places et il n'y a jamais la boisson que vous commandez, dans les restaurants curieusement vous ne parvenez jamais à réserver, vous faites la queue sous une pluie battante ou un soleil de plomb pour les événements culturels mais ne pouvez que rarement y entrer, bien sûr on ne vous rembourse pas votre entrée... Au travail cela va de mal en pis, vous n'obtenez pas ce poste tant convoité que l'on vous promettait, on vous refuse plusieurs fois une augmentation et pourtant vous travaillez de plus en plus. Un matin vous vous faites virer. Tant pis ! Vous ne travaillerez plus.

Plus que tout vous craignez les heures sombres qui s'annoncent. Bientôt vous ne pourrez plus payer votre loyer et vous serez expulsé. Vous irez rejoindre le troupeau grandissant des démunis et serez mis à l'index par ceux que vous connaissiez. Vous savez que la municipalité ne fera rien pour vous venir en aide, elle n'a pas d'argent à consacrer aux miséreux, aux exclus de la société. Pourtant vous êtes né ici, vous avez la bonne nationalité, les bonnes origines, rien n'entache votre pedigree hormis votre fichu esprit rebelle. Lequel somme toute réagit en vous poussant à camper sur la place de votre mairie. Comme çà, juste pour les emmerder. Vous vivez de peu, quelques personnes investies dans un bénévolat charitable vous apportent à manger et toujours ces affreux vêtements que vous détestez.  Le sol est dur, il n'y a plus un seul banc pour s'y reposer, le maire les a fait enlever parce que des étrangers s'y asseyaient. Vous avez froid l'hiver et vous crevez de chaud l'été. Le maire a fait abattre les arbres de la place sous le prétexte que des indésirables s'y abritaient du soleil. Il pense que vous vous lasserez et cherche le moyen de vous faire partir, mais vous résistez. Vous devenez petit à petit une curiosité incontournable de la ville. Les touristes viennent vous voir, vous prennent en photo, des journalistes ont écrit à votre sujet et vous apparaissez dans quelques reportages des chaînes nationales. La municipalité ne peut plus se débarrasser de vous, tout le monde vous connaît.


Votre vie est devenue publique. Vous êtes plus sollicité que le maire lui-même et vous ne vous privez pas de dire ce que vous pensez de sa gestion et de l'idéologie de son parti. Les habitants qui bêlent avec le troupeau comme de bons moutons dociles vous craignent, certains se remettent en question, ils se rapprochent de vous et proposent de vous aider. Au bout du compte une commission d'élus municipaux est chargée d'étudier votre cas avec l'aide de spécialistes nationaux. On vous qualifie de résistant. Vous en riez, vous préférez n'être que vous-même. Un matin le maire lui-même vient vous parler. Il vous offre un travail à ses côtés, un logement payé par la municipalité, vous autorise un accès à la culture que vous aimez, à porter les vêtements de votre choix... Mais vous n'aimez pas les compromissions. Le mot seul vous donne envie de vomir. Alors vous refusez. Poliment. Le côtoyer chaque jour serait dangereux pour votre équilibre, vous ne pourriez pas résister à la tentation qu'il représente. Cet homme est intelligent, séduisant, cultivé, ambitieux... Un gendre idéal. Et vous êtes gay.

Ecrit à Beaucaire
le 18 avril 2014

dimanche 1 juin 2014

LES COURTISANS

Il existe une race à part. Une espèce non protégée qui survit à tous les bouleversements de ce monde. Les courtisans.


En apparence ces gens-là nous ressemblent à vous et à moi, mais en apparence seulement ! Ils sont dotés d'un gène supplémentaire qui leur insuffle une formidable capacité d'adaptation à leur environnement en leur permettant de se trouver à chaque instant de leur vie au bon endroit et au bon moment. Raser de fait, et dans tous les sens du terme, leur idole du moment est un travail à plein temps dans lequel ils excellent. Ces personnes savent trouver les mots qui prouveront leur sincère attachement, leur total dévouement, leur indéfectible loyauté. Et ce quelle que soit la cause ou celui qui la représente. Ils sont en outre d'une incroyable réactivité ! La flatterie au bord des lèvres, la main tendue prête à saisir celle qu'ils brûlent de serrer, le sourire plaqué sur un visage à la fois enthousiaste et satisfait, la marche rapide pour rester dans le sillage de leur idole... 

Vous et moi ne saurions user de flagornerie comme ils l'osent à tout instant, et peut-être manquerions nous d'à-propos dans certaines situations, mais pas eux. Les courtisans dosent avec ténacité le compliment et l'encouragement, le rire et l'écoute attentive, la compréhension et le conseil fielleux. Tout de miel et dégoulinant d'admiration béate, le courtisan s'arrange pour être sur le chemin de son idole, il l'accapare sans vergogne et s'en vante auprès de tous les publics avec orgueil. Le moindre sourire, le moindre geste, le plus petit mot qui lui seront adressés prennent des proportions démesurées et seront racontés avec force détails à chaque occasion. Au risque de lasser, voire même d'effrayer leur idole les courtisans le poursuivent, l'entourent, l'étouffent avec la bonne conscience sans états d'âme de ceux qui assurent œuvrer pour le bien public ! 

D'aucuns pourraient croire que la Révolution nous avait débarrassés de cette engeance aussi nuisible que pitoyable, ils auraient tort. Le courtisan est indestructible, il traverse les siècles et les orages sans jamais dévier de son unique but : se trouver près de l'être qu'il idolâtre. Et depuis quelques temps vous aurez comme moi constaté une recrudescence de leurs troupeaux parmi nous. Jadis disséminés ils se regroupent plus ou moins discrètement derrière leur idole et portent sur nous des regards menaçants. Certes ils ne brillent pas par leur courage, de tous temps les courtisans ont abandonné le terrain quand débutaient les guerres, mais attention ! Cette fois ils se sentent en position de force, et leur lâcheté ordinaire peut les mener à tous les excès.

Ecrit à Beaucaire
le 30 mai 2014


mercredi 7 mai 2014

DES MOTS ET DES PLUMES

Il y a des gens qui s'intitulent écrivains, journalistes, romanciers, poètes... Une sorte de baptême auto proclamé d'un talent inexistant qui alimente leur ego surdimensionné. Ces gens-là vous hurlent au visage leur science infuse à la moindre occasion, juste pour le plaisir de grimper d'un échelon dans l'ascension des sommets qu'ils convoitent. Sommets qu'en général, si l'équilibre des forces est respecté, ils n'atteindront jamais. Mais en attendant qu'ils manquent un barreau de l'échelle et se vautrent à vos pieds vous supportez parfois pendant des années leur insupportable suffisance et vous souffrez en silence. Les règles de bonne éducation et de bienséance que vous ont martelés vos parents pendant toute votre jeunesse vous enferment dans un carcan qui vous lie les mains et la langue, ne laissant en liberté que vos pauvres oreilles obligées d'entendre leurs énormités et vos yeux pour les lire et pleurer... 

Et puis un jour votre vernis de politesse se craquelle, vous sentez monter en vous une irrésistible marée de phrases visant à ramener ces détestables individus à leur place, au ras des pâquerettes. Vous hésitez un peu, après tout il n'est pas évident de se laisser aller à cette joie subtile et néanmoins puissante que confère le pouvoir des mots. Vous les maniez ces mots, ils jonglent dans votre tête avec insolence, se bousculent au bout de votre plume pour s'épanouir sur le papier, s'étalent avec impudeur sur le clavier de votre ordinateur, tous impatients de démontrer que ce sont eux qui détiennent la vérité. Bien entendu vous les bridez, vous les organisez, les rangez en ordre de bataille, les sermonnez avant de leur laisser libre cours. Il ne faudrait pas que l'un d'eux, inconséquent, soit cet affreux grain de sable qui gripperait la machine de votre revanche. Disciplinés et quelque peu inquiets ils avanceront masqués, s'infiltreront là où personne ne les attend, se glisseront à la première place en silence... Jusqu'au moment ultime, celui de la jouissance.

Libérés de leurs entraves, enivrés de leur propre insouciance, ironiques, caustiques, joyeux, ils s'éparpilleront tout autour de l'ennemi, lui lieront les mains pour emprisonner ses velléités d'écriture, piétineront sans pitié ses plates-bandes, attaqueront son œuvre jusqu'à se qu'elle s'écroule pour ne plus jamais se relever ! Toute la souffrance et le dégoût accumulés jailliront de votre plume pour balayer celui qui s'était accaparé toute la place au soleil, ils l'éjecteront définitivement de sa chaise-longue pour que vous puissiez prendre sa place et savourer, enfin, votre destinée. Jusqu'au jour où vous vous glorifierez de votre talent et deviendrez à votre tour imbuvable, perdant l'essence de vos pensées avant même que de les exprimer et vous entêtant à vous imposer alors que vous faites déjà partie du passé... 

Dans cet infernal cycle d'écriture peu obtiendront la reconnaissance de leurs pairs. Mais peu importe ! Seuls demeureront dans nos mémoires ceux dont la plume ne se gorge pas de faux semblants et dont le talent prend sa source dans la vérité. Ils ne sont pas forcément les meilleurs ni les plus discrets. Mais ils existent. Et leurs plumes sauront trouver les mots pour vous parler.

Ecrit à Beaucaire,
le 06 mai 2014