mercredi 7 mai 2014

DES MOTS ET DES PLUMES

Il y a des gens qui s'intitulent écrivains, journalistes, romanciers, poètes... Une sorte de baptême auto proclamé d'un talent inexistant qui alimente leur ego surdimensionné. Ces gens-là vous hurlent au visage leur science infuse à la moindre occasion, juste pour le plaisir de grimper d'un échelon dans l'ascension des sommets qu'ils convoitent. Sommets qu'en général, si l'équilibre des forces est respecté, ils n'atteindront jamais. Mais en attendant qu'ils manquent un barreau de l'échelle et se vautrent à vos pieds vous supportez parfois pendant des années leur insupportable suffisance et vous souffrez en silence. Les règles de bonne éducation et de bienséance que vous ont martelés vos parents pendant toute votre jeunesse vous enferment dans un carcan qui vous lie les mains et la langue, ne laissant en liberté que vos pauvres oreilles obligées d'entendre leurs énormités et vos yeux pour les lire et pleurer... 

Et puis un jour votre vernis de politesse se craquelle, vous sentez monter en vous une irrésistible marée de phrases visant à ramener ces détestables individus à leur place, au ras des pâquerettes. Vous hésitez un peu, après tout il n'est pas évident de se laisser aller à cette joie subtile et néanmoins puissante que confère le pouvoir des mots. Vous les maniez ces mots, ils jonglent dans votre tête avec insolence, se bousculent au bout de votre plume pour s'épanouir sur le papier, s'étalent avec impudeur sur le clavier de votre ordinateur, tous impatients de démontrer que ce sont eux qui détiennent la vérité. Bien entendu vous les bridez, vous les organisez, les rangez en ordre de bataille, les sermonnez avant de leur laisser libre cours. Il ne faudrait pas que l'un d'eux, inconséquent, soit cet affreux grain de sable qui gripperait la machine de votre revanche. Disciplinés et quelque peu inquiets ils avanceront masqués, s'infiltreront là où personne ne les attend, se glisseront à la première place en silence... Jusqu'au moment ultime, celui de la jouissance.

Libérés de leurs entraves, enivrés de leur propre insouciance, ironiques, caustiques, joyeux, ils s'éparpilleront tout autour de l'ennemi, lui lieront les mains pour emprisonner ses velléités d'écriture, piétineront sans pitié ses plates-bandes, attaqueront son œuvre jusqu'à se qu'elle s'écroule pour ne plus jamais se relever ! Toute la souffrance et le dégoût accumulés jailliront de votre plume pour balayer celui qui s'était accaparé toute la place au soleil, ils l'éjecteront définitivement de sa chaise-longue pour que vous puissiez prendre sa place et savourer, enfin, votre destinée. Jusqu'au jour où vous vous glorifierez de votre talent et deviendrez à votre tour imbuvable, perdant l'essence de vos pensées avant même que de les exprimer et vous entêtant à vous imposer alors que vous faites déjà partie du passé... 

Dans cet infernal cycle d'écriture peu obtiendront la reconnaissance de leurs pairs. Mais peu importe ! Seuls demeureront dans nos mémoires ceux dont la plume ne se gorge pas de faux semblants et dont le talent prend sa source dans la vérité. Ils ne sont pas forcément les meilleurs ni les plus discrets. Mais ils existent. Et leurs plumes sauront trouver les mots pour vous parler.

Ecrit à Beaucaire,
le 06 mai 2014

JE NE ME TAIRAIS PAS !

Plus encore que la délation (procédé à ne pas confondre avec celui de l'information) qui semble remise au goût du jour par des personnes qui ont oublié ce que d'autres ont sacrifié et souffert au nom de la liberté, je m'insurge contre les conséquences de cet acte avilissant. Comme un tsunami la rumeur court et fait de multiples dégâts, qu'elle soit ou non fondée sur une réalité n'a en fait que peu d'importance. Non, ce sont les retombées qui m'interpellent et me retournent les sangs. Que l'âme humaine est bien laide dans ces heures-là !


J'exècre les procès d'intention induits par la mauvaise foi, les mensonges visant à nous faire prendre des vessies pour des lanternes, la lâcheté des uns qui éclate au visage des autres et dont ils ont le mauvais goût de se réjouir... Des mots comme courage, loyauté, citoyenneté, droiture perdent leur sens et deviennent sujets à caution, déformés par ceux-là même qui n'en ont guère, voire pas du tout ! A 55 ans je crois toujours en la bonté humaine malgré les pitoyables démentis que j'en ai chaque jour, je crois en la possibilité du vivre ensemble malgré la bêtise et les peurs de quelques uns, je crois à la vérité. Je refuse de baisser les bras, je refuse de cautionner un nivellement culturel et intellectuel dangereux qui vise à éradiquer toute liberté de pensée. Les jugements pernicieux, les faux-semblants, la désinformation sont autant de bêtes nuisibles que j'ai l'espoir de contribuer à éradiquer autant que j'en ai le pouvoir. Et à propos de pouvoir j'en ai marre des  hypocrisies politiques, marre des frileux qui se protègent de tout et s'autocensurent en permanence, marre des bien-pensants qui vivent au chaud chez eux et ne savent pas de quoi ils parlent, marre des donneurs de leçon qui n'ont rien vécu mais veulent diriger ma vie... Et la vôtre.



Pour rien au monde je ne voudrais laisser ma fille et ma petite-fille vivre dans un monde qui aurait oublié ce que sont l'amour, la tolérance et la liberté. Et la justice. La vraie, celle du cœur, celle qui vous met en paix avec votre conscience. Je ne hurlerais pas avec les loups juste pour préserver ma petite vie tranquille. C'est sûr j'ai une grande gueule, ceux qui me connaissent savent que parfois je ne l'ouvre pas à bon escient. Mais il y a des silences qui sont autant de sentences de mort pour des libertés chèrement acquises... Qu'on se le dise ! Moi je ne me tairais pas.


Ecrit à Beaucaire,
le 18 mars 2014

MES CROYANCES

Je n’ai aucune intention de faire ici un énième débat sur les mérites comparés des trois religions monothéistes, du bouddhisme, du paganisme et des autres croyances, c’est un sujet trop galvaudé et dont en vérité je ne me soucie guère. La question n’est pas de savoir si l’une ou l’autre apporte plus ou moins à l’enfant pour lequel les parents font un choix qu’il sera en grande majorité amené à suivre, pas plus n’est-il important de soutenir que faire le choix d’une religion peut lui être nuisible en lui imposant une morale et des critères de vie qui l’enfermeront dans un carcan dont il n’aura pas voulu. Non, il est clair que l’on fait des choix pour ses enfants par amour – amour des siens, amour de la croyance ou non croyance que l’on a choisi – ou simplement pour perpétuer des traditions familiales. Mais inutile de se leurrer ! Faire le choix d’élever ses enfants dans une religion pour perpétuer sa foi, ses traditions et les valeurs morales qui s’y rattachent, ou tout au contraire décider de n’en rien faire et de lui inculquer des valeurs tout aussi morales, mais solidement ancrées dans la laïcité et parfois dans le paganisme, est de toutes façons profondément égoïste. Car nous emmenons nos enfants sur la route que nous pensons sincèrement être la meilleure pour eux sans avoir aucune certitude qu’elle leur convienne, nous savons seulement qu’elle nous a permis de nous construire et de devenir adultes et nous espérons qu’il en sera de même pour eux.

Là est le carcan, celui qui vous étouffe s’il n’est pas taillé à vos mesures, car toutes les traditions ne sont pas bonnes à suivre et se plier à les suivre aveuglément peut vous rendre la vie haïssable. Les règles de la vie en société nous obligent à respecter la plupart d’entre elles, mais je considère pour ma part que beaucoup d’entre elles gagneraient à être allégées, revues et corrigées dans un esprit de modernité. S’il est essentiel de revaloriser des valeurs telles que le respect, la tolérance, la générosité, et bien entendu le civisme, le reste semble inadapté à la vie actuelle. La politesse oui, mais pas les ronds de jambes car nous sommes tous sur un pied d’égalité ! Le respect certes, mais pas la servilité qui rôde toujours et qui conditionne les faits et gestes de nombreuses personnes craignant pour leur avenir d’exprimer purement et simplement leurs opinions et de faire valoir leurs idées. Ménager la chèvre et le chou, disait-on dans ma famille… Cela est juste dans le principe mais dangereux dans la réalité, car à trop ménager on finit par perdre de vue ses objectifs premiers. Ne plus me soucier de ménager qui que ce soit qui n’en vaille vraiment la peine m’a valu une réputation de « grande gueule » fort utile pour régler certaines questions épineuses et m’imposer dans les occasions les plus diverses. 

Il m’a fallu devenir mature pour affirmer mes choix et ma vraie personnalité – lesquels ont déconcerté sinon déplu – et pour faire le tri entre croyances, traditions et réalité de mes besoins. Or ceux-ci me portent vers le paganisme ce qui n’est guère évident à vivre dans notre société pragmatique et individualiste. Déclarer à l’envie que l’on souhaite vivre en contact étroit avec la nature, en respecter le rythme et croire en la toute puissance de l’univers n’est pas du goût de tout le monde. Célébrer le rythme des saisons ainsi que les cycles lunaires et solaires n’apporte certes aucune gloire ni renommée, mais tellement plus de satisfactions que rien ne saurait égaler !

Parler de pratiques de sorcellerie en fera sans doute frémir plus d’un, pour beaucoup ce sera le rejet pur et simple, pour d’autres l’effroi ancré par des siècles de superstition, nombreux seront ceux qui riront, qui railleront ce qu’ils ne connaissent pas… Pourtant je vous l’affirme, la sorcellerie et la magie ne sont que des pratiques mettant en œuvre les ressources de la nature et celles de notre psychisme, rien de terrifiant ni de surnaturel là-dedans ! Étroitement liées au paganisme, dépendantes des cycles de l’univers tout entier, elles ont toujours existé et ne disparaîtront jamais quoique l’on tente dans ce sens. Des dons se transmettent, d’autres se découvrent, c’est un talent comme un autre qu’il faut savoir affirmer sans honte et sans crainte. Rien à voir avec les séries télévisées dont on nous bombarde et qui ont leur charme mais ne sont pas ancrées dans la réalité, non ce sont des pratiques qui viennent en aide à chaque instant de la vie qui le requiert, sans rien attendre en échange.

Quel est le pays qui ne compte pas dans ses légendes et ses contes transmis à chaque génération depuis l’aube des temps quelques mages et sorcières, quelques fées bienfaisantes, quelques lutins farceurs ? Et de nos traditions modernes combien sont issues de la sorcellerie et du paganisme ? La plupart d’entre elles. Inutile de se voiler la face, la sorcellerie existe, la magie est en toute chose, et près de vous peut fort bien vivre quelque sorcière ou quelque magicien. Sorcellerie ! De tout temps ce mot a fait peur… On a parlé de superstitions campagnardes, de croyances dues à l’illettrisme, et bien entendu l’Eglise s’est empressée d’y voir l’œuvre du Diable et d’œuvrer pour amoindrir le pouvoir que lesdits sorciers avaient sur les populations. Jouant de l’obscurantisme des paysans la toute puissante Eglise Catholique a semé la terreur, et consolidé son assise sans s’émouvoir outre mesure de bâtir sur des cendres… Les ignorants ne sont pas ceux que l’on a accusé – et que l’on accuse encore – bien au contraire ce sont les accusateurs qui se sont rendus coupables de crimes à l’envie en prétextant faire œuvre de charité ! Combien d’hommes et de femmes sont morts dans d’atroces souffrances pour avoir mis en pratique leurs croyances et leurs dons dans le seul but de faire le bien ? L’Histoire retient leur martyre mais ne fustige pas les coupables, ceux qui les ont jugés et les ont bel et bien assassinés. Pourquoi ? Parce que ces pratiques font voler en éclat des idées reçues, parce que la différence suscite la crainte, et que la crainte aidée bien souvent de la bêtise mène à la méchanceté… De la méchanceté au crime il n’y a qu’un tout petit pas. Retenons au passage que le christianisme est de toutes les religions monothéistes la seule à avoir tenté l’éradication des adeptes du paganisme et de la sorcellerie, la seule à craindre depuis toujours la menace qu’ils représentent ! Nous savons, et l’Eglise sait, combien sont fragiles et mensongers les piliers de son édifice…

Je revendique aujourd'hui ce que je suis, ce que je fais et ce en quoi je crois, haut et fort et sans crainte aucune, sans me soucier de ce que l’on pensera. Sans doute rira-t-on de moi, cela est même probable mais j’y suis habituée, les rires et les moqueries sont le lot de ceux qui sont différents et n’obtiennent pas longtemps l’effet recherché, un jour ou l’autre ils permettent de s’assumer et de s’affirmer différent. Si j’en ai souffert un temps relativement bref cela m’est égal aujourd'hui, car le rire d’un sot est vite oublié et l’on n’en retient  que l’affirmation de ce que l’on est intrinsèquement. Cela seul est important.

Loin de moi l’idée de rejeter en bloc les diverses croyances que se partagent les peuples de cette planète, la liberté réelle est celle de choisir un guide ou de n’en vouloir aucun, et personne ne devrait s’arroger le droit d’en décider pour d’autres. Il n’est de pire aliénation que celle d’une soumission non consentie, en aucun cas elle ne saurait être prise pour un consentement, encore moins pour un don de soi mûrement réfléchi ! Non, le choix ou le rejet d’une croyance doit se faire avec simplicité, avec évidence, après une réflexion profondément intime et dont la durée dépendra de chacun… La mienne a duré dix ans, c’est tout dire !

Ecrit à Paris,
le 15 février 2003

ECRIRE

Autant le dire tout de suite : écrire n’est en rien un plaisir. C’est au contraire un besoin vital, une pulsion irrépressible, une souffrance dont on ne peut se libérer qu’au terme d’un travail souvent long et difficile. Il n’est que des profanes pour s’imaginer que l’on puisse écrire par plaisir, avec légèreté et sans douleur, il est facile de jeter d’un seul trait quelques phrases sur le papier, mais bien plus ardu est d’acquérir la certitude que l’on tient enfin ce que l’on souhaitait obtenir. Quel auteur n’a pas connu la fameuse « angoisse de la page blanche » ? Ce moment terrible où l’on bloque, on se creuse la cervelle, on cherche, on réfléchit, on relit encore et encore ce que l’on a déjà écrit mais l’inspiration reste en panne. Lorsque les mots ne viennent pas mais qu’on les sait là, dans un recoin de notre imagination, bien cachés et attendant l’instant propice pour surgir au bout de nos doigts on ressent une intense frustration… Le plaisir vient après, quand en se relisant on sait, on sent, qu’il n’y a rien à ajouter, rien à changer. Finir est le point d’orgue, l’extase finale, une excitation si forte qu’elle est incomparable et que nul ne peut la comprendre s’il ne l’a pas vécue.

Ecrire est un travail, un vrai, de ceux qui nécessitent des heures de réflexion, de recherches, de concentration, de correction. Personnellement je consacre plusieurs heures par jour et par nuit à tenter d’exprimer ce qui bouillonne dans ma pauvre tête, et je ne peux travailler que seule devant mon ordinateur. Comme je ne suis pas de la prime jeunesse, hélas ! j’ai connu les machines à écrire qui faisaient un bruit de mitraillette, ces ancêtres vénérables de nos claviers actuels qui avaient une odeur indéfinissable et dont les touches se coinçaient au moment le plus inopportun. Changer le ruban était une affaire de plusieurs minutes et l’on se tâchait inévitablement les doigts, on pestait, on râlait… Mais quand je repense à ma vieille machine à écrire je ressens une nostalgie douce-amère   qui me ramène plus de trente ans en arrière, à cette époque bénie où j’étais certaine de conquérir le monde avec mon seul talent. Cela n’est pas encore arrivé – je précise encore parce que je ne perds pas l’espoir d’y parvenir – mais je me revois comme si c’était hier, acharnée à taper sur les touches en écoutant de la musique pour en couvrir le bruit ! Ma brave vieille machine, celle sur laquelle j’ai écrit mon premier bouquin – une romance historique à l’eau de rose qu’il m’arrive de relire – je regrette de n’avoir pu la garder lorsque j’ai quitté la maison de mes parents pour voler de mes propres ailes, elle aurait aujourd’hui la place d’honneur dans mon appartement.

Chaque auteur procède à sa façon, aucune technique, aucune approche n’est meilleure qu’une autre, il faut simplement trouver celle qui vous convient et vous y tenir. Tout est question d’atmosphère et de bien-être, certains travaillent dans le désordre, au propre comme au figuré, d’autres avancent à tâtons mais avec une logique inscrite dans leur imaginaire, et d’autres encore appliquent des règles quasiment scolaires. Beaucoup d’auteurs ont des manies, des objets fétiches, des animaux de compagnie qui les inspirent, une pièce consacrée à l’écriture… Personnellement je n’ai pas d’autre manie qu’écouter de la musique classique ou du jazz et boire du thé, lequel refroidit avant que je m’en préoccupe mais je le bois tout de même ! Aussi loin que je m’en souvienne je n’ai jamais pu écrire sans la présence éloquente et silencieuse d’un chat, et curieusement je m’aperçois que la seule période de ma vie pendant laquelle j’ai quasiment cessé d’écrire il n’y avait pas de chat à la maison… Tout cela peut paraître puéril à certains, et il est probable que cela l’est, mais pourquoi devrions-nous justifier nos habitudes ? L’essentiel est d’écrire, encore et toujours, d’en prendre le temps et de s’y consacrer avec ferveur, le résultat est bien souvent payant s’il peut nous satisfaire. Bien évidemment le but final est de toucher les lecteurs, on se jette dans le difficile parcours de l’écriture pour être reconnu et la joie d’être édité est la seule qui vaille tout le mal que l’on se donne pour aboutir l’œuvre que l’on a en tête. Mais pour être tout à fait honnête, et je ne pense pas être la seule dans ce cas, écrire est avant tout un besoin égoïste. Combien d’auteurs ne seront jamais publiés ? Pas par manque de talent, non, simplement parce qu’ils n’ont pas écrit ce que l’on attendait d’eux au moment où on l’attendait. Tout est question de synchronisation entre les ouvrages ciblés par les maisons d’édition, les goûts et les attentes du public, et bien entendu les jugements des critiques… 

Mais avant tout je considère que pour écrire il faut être libre, dans son cœur et dans sa tête sinon dans sa vie, parce qu’il est essentiel de pouvoir rejeter toutes les chaînes pour se plonger dans cet univers fabuleux. Aussi tendres soient-ils, les liens de la vie ne sont qu’une entrave à l’expression d’un art, de n’importe quel art ! aussi faut-il apprendre à momentanément s’en défaire pour mieux les retrouver ensuite et je ne crois pas que cela remette en question leur solidité si l’on agit avec respect et amour. Que celui ou celle qui n’a jamais souhaité se retrouver totalement seul pour vivre cette souffrance qu’est l’écriture vienne ici me contredire ! Supporte-t-on la compagnie des autres, même les plus proches d’entre eux, lorsque l’on a si mal que l’on voudrait hurler ? Pour nous le seul exorcisme est d’écrire, et c’est un acte que l’on accomplit dans la solitude.

Mais c’est aussi un accomplissement, et comme toute forme d’art ou de talent on y trouve un véritable épanouissement qui permet d’affronter la vie avec les armes que sont la certitude, la confiance en soi et la conscience de sa valeur. Point n’est besoin d’être reconnu pour savoir ce que l’on vaut et de quoi l’on est capable, le doute nous ronge et nous pourrit la vie très régulièrement, nous passons d’une humeur étale à la surexcitation, la déprime, voire le désespoir… Puis nous recommençons un nouveau cycle, et cela notre vie durant. Mais ces sautes d’humeur sont notre quotidien, un peu plus affirmées peut-être que pour les autres, ceux qui n’écrivent pas, ceux qui nous lirons un jour, mais au fond nous ressentons les mêmes émotions, elles sont simplement exacerbées par les pulsions créatrices qui nous agitent par intermittence.

Ainsi le quotidien d’un auteur ne diffère-t-il pas vraiment de celui d’une autre personne, il est fait de travail, encore et toujours, et d’émotions. Avec à la clef la joie de parfois aboutir en retranscrivant l’œuvre qui nous trotte dans la tête jour et nuit.

Ecrit à Paris,
le 22 février 2003

JE VOUDRAIS VOUS PARLER...

Message à mes Parents

Je voudrais vous parler d'une époque sans saveur. Celle que j'ai vécue loin de vous. Celle de votre douloureuse absence. Les souvenirs de nos bonheurs passés sont tout ce qui me reste et me lie à vous. Alors je passe mon temps à me souvenir, à vous redonner vie, à nier ce vide que vous avez laissé en partant. 

Je suis pathétique. Je me sens pathétique et pourtant je continue. Je ne peux m'en empêcher. Peut-on stopper une rivière en crue ? Et le torrent de ma mémoire ne cesse de gronder jour après jour... Alors je vous parle. Chez moi, à mon chien, à mes amis, seule dans la rue. Cela fait certainement de moi la folle du quartier, celle que les autres regardent avec surprise et désapprobation. Mais peu importe ! Je vous garde en vie et c'est tout ce qui compte.

La route de mes souvenirs est longue, et bien loin d'être explorée dans sa totalité. Je sais qu'il me reste des années à parcourir, à éplucher, à creuser... Me remémorer vos voix, vos sourires, vous garder un peu plus près de moi, est un vrai travail. Incessant, épuisant, bouleversant.

J'ai bien conscience de nier votre mort. Sa réalité est une agression impossible à accepter. Une part de moi, la part adulte, l'a acceptée et digérée plus ou moins bien. Mais l'enfant que je suis, votre enfant, ne veux pas que cesse le bonheur de notre vie ensemble. Je me refuse à briser les liens si forts qui nous unissent, et j'en veux à ceux qui insistent pour que je le fasse. Est-ce se comporter en gamine irresponsable que de vouloir préserver une famille ? Je crois que cela fait de moi une adulte bien plus que toutes ces attitudes matures qui plaisent tant aux autres. Après tout je ne suis pas ici pour abreuver leur autosatisfaction ! Vous m'avez donné la vie dans un but précis, et je veux l'atteindre malgré votre absence. Je l'atteindrais.

Alors je fais fi des regards pesants, de la commisération à peine déguisée, de cette pitié qui me donne des nausées. Je ne suis pas prête à me séparer de vous. Je vis toujours avec vous.

Ecrit à Beaucaire,
le 24 octobre 2013

Les Gorges du Todra Au Petit Matin

Balade dans le sud du Maroc, aux portes du désert. 

Notre voiture est immobilisée au beau milieu du torrent, trop basse elle n'a pas résisté aux cailloux qui ont accroché le carter et nous attendons le tracteur qu'un homme a promis de ramener au plus vite pour nous sortir de là... Je me sens toute petite entre ces falaises qui semblent toucher le ciel d'un bleu pur, le torrent roule sur les cailloux et le sable, son eau est froide mais tellement claire ! Je n'y résiste pas, j'ôte mes tennis et je laisse l'onde glacer mes pieds et mes chevilles, le contraste avec la chaleur qui sèche ma gorge est divin... Je me sens transportée par l'étrange majesté des lieux, cette porte ouverte sur le désert est une promesse d'aventure ! Un gamin monté sur un âne chargé de paniers descend la piste étroite qui serpente au bas des murailles de terre et de pierre, il nous interpelle ma sœur et moi et nous courrons le rejoindre pour parler avec lui dans un mélange bigarré d'arabe et de français auquel nous sommes habituées et qui nous semble naturel. Le paysage dénudé, presque désertique, est tellement beau ! Quelques buissons d'épineux et de lauriers roses saupoudrés de poussière le piquent comme par hasard, de trop rares arbustes et de maigres palmiers ont pris racine pour dispenser un semblant d'ombre sans fraîcheur... Deux maisons en pisé se fondent dans les contreforts des falaises, une femme et sa fille nous regardent un moment sans bouger avant de venir chercher nos parents et grands-parents pour leur offrir un thé à la menthe. Le silence matinal est troué par les bêlements des chèvres qui se dispersent pour chercher une rare nourriture, un chien squelettique aboie pour les regrouper, il y a une vie enracinée dans cet endroit unique qui parle à mon cœur et à mon âme, une vie qui s'éveille et s'endort avec le soleil... Les années ont passé mais je n'ai jamais oublié ce matin là. C'était en 1971, j'avais 12 ans.

Ecrit à Paris,
Le 11 mai 2012

mardi 6 mai 2014

ATTENDS-MOI

Le temps rythme mes pleurs
Et les mots s'accrochent
Ils dérivent
Et ce cri dans mon cœur
Palpite et s'éternise
Il refuse de s'éteindre
Il me brise et m'épuise
Une angoisse m'étreint
Et me lie au passé
Je vis dans ton souvenir
Et tu vis dans le mien
J'essaie de tendre la main
Mais personne ne la prend
Je touche le vide absolu
Terrifiant
De ton absence
Et j'ai peur de survivre
Peur de perdre le sens
De la vie
Le goût de la vie s'attarde
Malgré moi
La souffrance me frappe
Et m'entraîne vers l'abîme
Peut-on aimer et vivre
Dès lors que l'on ment
Aux autres, à soi-même
Je meurs doucement
Attends-moi
Ne pars pas déjà
Je suis prête à te suivre
Ma vie est bouclée
Terminée...

Pour Papa,
Poème écrit à Beaucaire,
le 19 juillet 2013

ECRIRE EN VERS

Ecrire et vivre en vers
Pour partager l'autre
Celle en moi qui erre
En devenir d'une autre
Chercher à quoi je sers
Jusqu'à m'accepter vôtre
Contre une livre de chair
Et de sang je serais nôtre
Ecrire et mourir en vers
Sans se soucier des autres
une goutte d'eau amère
Et je serais l'apôtre
De mes délires pervers
Des siens et puis des vôtres
En équilibre précaire
Dans cette vie dans une autre.



Poème écrit à Beaucaire,
le 05 avril 2014

JE SUIS AVEC ELLE

Elle est cette ombre bienveillante
Douce et légère
Toujours présente
Qui m'accompagne sans trêves
Une part tendre
Évanescente
Presque réelle
Issue de l'abîme de mes rêves
Je ne suis pas seule
Elle me manque pourtant
Sans elle je regarde passer ma vie
Et je m'invente
Irréelle
De mon cortège de souffrances
Je m'absente
Et j'efface
Mes larmes et mes joies
Fugitives
Je ne suis pas seule
Pourtant je ne suis rien
Sans elle
Je n'ai pas pris ma place
Je ne la prendrais plus
Mais je m'attarde
Dans ma vie
Dans la leur
Je suis partie très loin
Morte
En pénitence
Je suis en demi-teintes
Noyée de gris
Et je crie en silence
Mais personne ne m'entend
Personne ne regarde
Ma douleur
Je ne bouge plus
Je n'ai plus mal
Ce trou béant, là,
Ne se comblera plus
Jamais
Je suis au-delà
Je suis tristesse et mélancolie
Chaque jour
Chaque nuit
Je ne suis pas seule
Je suis avec elle...

Pour Maman,
Poème écrit à Beaucaire,
le 27 juin 2013

JOUR APRES NUIT

Je suis une plaie ouverte
Béante de douleur
Et ma vie s’écoule lentement
Jour après jour
Nuit après nuit
Dans une totale indifférence

Je suis un abîme de chagrin
Sombre et profond
Et mes rêves s’écroulent soudainement
Jour après jour
Nuit après nuit
Dans un absolu silence

Je suis un fantôme d’amour
Pleurant sur le passé
Et mes désirs s’effacent doucement
Jour après jour
Nuit après nuit
Dans la douleur de ton absence

Je suis un mirage de vie
Lointain et illusoire
Et mon destin s’effondre brutalement
Jour après jour
Nuit après nuit
Dans les limbes de ma souffrance.

Poème écrit à Paris,
le 21 septembre 2003

ECRIRE POUR EXISTER

J’écris pour exister
Pour ne pas m’égarer
J’écris pour m’aimer
Peut-être pour que tu m’aimes
J’écris pour ne pas pleurer
Pour ne pas oublier
Et pour être moi-même

Les mots se bousculent
Des mots sans suite
Les phrases prennent vie
Des phrases sans fin
Ces mots et ces phrases
Dansent une sarabande
Je les entends jour et nuit
Qui résonnent dans ma tête
Je dors dans leur murmure
Je vis dans leur mémoire
Tout ce que je porte en moi
Les imprègne et les nourrit
Les mots et les phrases
Me gardent en vie

J’écris parce que je t’aime
Pourtant tu n’es pas là
Je vis dans ta présence
Mais dans la solitude
La nuit est mon domaine
L’absence une habitude
J’écris pour marquer le temps
Et les heures familières
M’emportent toutes les nuits
De demain à hier
Pendant que je t’attends
J’écris parce que tu m’aimes
Parce que je reste là
Parce que tu fuis

Tous ces mots
Sans répit me tourmentent
Et au cœur de la nuit
S’imposent avec violence
Des phrases naissent
De cette terrible exigence
Des phrases ardentes
Des phrases en pluie
Dans le calme de l’absence
Seule enfin j’écris
J’aligne des mots
Et les phrases se pressent
Pour que jamais ne tarisse
Ce flot que rien ne peut prévoir
Il suffirait de peu pour que se brise
L’élan de ma mémoire

Ma peur violente les mots
S’insinue dans mes phrases
L’inspiration est fragile
L’écriture incertaine
Et je vis dans l’angoisse
Ecrire est ma souffrance
Mon obsession
Ma renaissance
Ecrire est ma passion
Mais elle est comme l’amour
Absolue
Exigeante
Et d’une dérisoire inconstance.

Poème écrit à Paris,
le 21 février 2008

DES MOTS, DES PHRASES

Des mots
Toujours des mots
Encore des mots
Que je mets bout à bout
Pour faire des phrases
Qui aient un sens

Des phrases
Toujours des phrases
Encore des phrases
Que je lie les unes aux autres
Pour crier qui je suis

Des cris
Des larmes
Des soupirs
Des rires
Je délire chaque nuit
Les mots se heurtent dans ma tête
Se mélangent sans fin
Se cherchent avec rage
Pour s’ordonner enfin
Épuisés
Au petit matin

Des mots pour crier ma rage
Pour dire mon impuissance
Des mots que je prends en otage
Pour apaiser ma souffrance

Des mots pour extraire la haine
Pour cracher la violence
Des mots pour crever ma peine
Pour retrouver l’innocence

Et des phrases par milliers
Qui dansent dans ma tête
Des phrases emmêlées
Qui ont un air de fête

Des phrases qui pleurent
Qui s’étirent à l’infini
Des phrases qui meurent
Sous mes doigts chaque nuit

Poème écrit à Paris pour un Slam,
le 21 février 2008





MAROC, MA TERRE

J’ai cette terre en moi
Comme d’autres ont la guerre
Un sentiment si fort
Qu’il balaie tout
Je l’ai dans mon sang et ma chair
Comme d’autres ont l’espoir
Un amour si puissant
Qu’il triomphe de tout
Je l’ai dans ma mémoire
Et je l’ai dans mon cœur
Je la porte sans cesse
Comme on porte un enfant
Je l’ai dans chaque jour
Chaque nuit qui m’en éloigne
Je l’ai pour la vie
Et dans la mort aussi
Je l’avais dans mes joies
Dans mon premier amour
Je l’avais dans l’enfance
Dans l’espérance
Je l’avais dans la douleur
Et dans le déchirement
J’ai cette terre en moi
Comme d’autres ont la vie
Une sensation si pure
Qu’elle efface le mal
Je l’ai dans la peau
Comme l’envie d’un corps
Une passion sans fin
Un désir sans limites
Je l’aurais dans l’avenir
Et je l’ai dans mes rêves
Je l’aurais dans l’attente
Et je l’ai dans les larmes
J’ai cette terre en moi
Elle a brûlé mon âme.

Poème écrit à Paris, 
le 08 avril 2005